Intérêt de l’ostéopathie suite à une chirurgie du ligament croisé antérieur – Etude scientifique.

Responsable parfois de la fin de carrière de sportifs de haut niveau, souvent des difficultés à retrouver son niveau technique et physique et toujours d’un arrêt de plusieurs mois, la rupture du ligament croisé antéro-externe est une pathologie fréquente dans la prise en charge du sportif blessé. Cette étude scientifique réalisée par Laure-Line Germain, Ostéopathe D.O, démontre l’efficacité de l’ostéopathie dans la prise en charge pluridisciplinaire post-opératoire.

Qu’est-ce que le LCAE ? 

Le ligament croisé antéro externe (LCAE) est un ligament du genou permettant la stabilité de l’articulation avec l’aide des autres ligaments, capsule et ménisques. La rupture partielle ou totale du LCAE, due à une tension trop importante ou à un choc extérieur, entraîne donc souvent une instabilité de l’articulation, ressentie plus ou moins fortement par le patient. Lorsque l’instabilité a un impact sur la qualité de vie, la chirurgie est envisagée afin de permettre une reconstruction du LCAE pour stabiliser l’articulation.

 

Rupture Ligament croisé antérieur

Le principal mécanisme de rupture du ligament est le valgus flexion rotation externe. Autrement dit, le pied fixé au sol, le genou se fléchit et part vers l’intérieur imposant une rotation externe du tibia.

Quelques chiffres 

En France, on compte environ 35 000 ligamentoplasties (chirurgies) par an.

Sur une étude comptant  491 skieurs des équipes de France,  30% d’entre eux ont été victimes d’une rupture du LCA. Cela ne touche pas seulement les sportifs de haut niveau, mais  également les amateurs, de débutant à confirmé et de tous âges. La pratique du ski alpin est le sport à risque tout comme les sports de pivots tels que le football, basketball, handball.

La durée de convalescence est en moyenne de 6 mois avant la reprise de leur sport en compétition mais…

2/3 des patients reprennent leur sport à leur niveau initial dans un délais de trois ans.

 

source : nouvelobs

source : nouvelobs

But de l’étude :

Cette étude doit permettre d’évaluer l’efficacité d’une prise en charge ostéopathique après une chirurgie du ligament croisé antéro-externe quant au bien-être du patient et à la récupération de la fonctionnalité de son genou.

Justification de l’étude :

Il est évident que le traumatisme tissulaire subi est considérable et peut aisément expliquer bon nombre de restrictions de mobilité après l’intervention. De plus, le matériel utilisé impacte fortement l’os en lui-même, conduisant très probablement à un remodelage des travées osseuses aux endroits touchés, donc à des lignes de force différentes. Mais aussi, la pose de l’agrafe dans le DIDT (Droit Interne Demi Tendineux = technique chirurgicale de l’étude) entraîne régulièrement des douleurs pendant des mois voire des années après, conduisant parfois à un retrait de celle-ci.

Ces douleurs peuvent être réduites en ostéopathie étant donné qu’il s’agit de blocages mécaniques (tissulaires, articulaires et intra-osseux). Le but des séances étant donc de réduire ces contraintes mécaniques afin de limiter l’impact de la chirurgie sur la qualité de vie.

Enfin, il est possible de trouver des dysfonctions articulaires traumatiques dues aux manipulations en salle d’intervention.

Hypothèse de travail :

Le traitement ostéopathique évalué dans le cadre de cette étude devrait permettre de:

1)Redonner plus d’amplitude articulaire au genou opéré qu’avec simplement un traitement de rééducation.

2)Soulager le patient des sensations de blocages et/ou craquements/crissements internes de l’articulation lors de sa  mobilisation.

3)Permettre au patient de retrouver une meilleure stabilité et plus de confiance en son genou.

L’étude :

Un groupe de 6 patients traités en ostéopathie et suivant son protocole de rééducation en kinésithérapie et un groupe de 4 témoins non traités en ostéopathie  et suivant son protocole de rééducation en kinésithérapie. Concernant le groupe non traité, les patients ne sont pas au courant qu’ils ne sont pas réellement traités.

Les patients sont sélectionnés suivant des critères d’inclusion :

Avoir entre 18 et 60 ans, ayant subi une chirurgie DIDT du LCAE cinq semaines auparavant, sportifs amateurs ou professionnels mais réguliers et qui suivent une rééducation en kinésithérapie.

L’étude à durée 11 semaines et les patients ont été vus à quatre reprises dans les deux groupes.

Les mesures ont été réalisées par le système BIOVAL (système d’objectivation de la mobilité articulaire segmentaire par capteurs) et par la plateforme Freestep (plateforme podométrique enregistrant les empreintes podales et les donnés stabilométriques). De plus l’échelle de la douleur E.V.A ainsi qu’un questionnaire ont été utilisés.

Contenu des séances d’ostéopathie :

Pour une question de reproductibilité, les techniques utilisées ont été réduites par rapport à un traitement global d’ostéopathie et axées sur le genou opéré.

Sur le genou opéré, des tests et correction tissulaire, articulaire et intra-osseux ont étés réalisés.

But de la technique tissulaire : Tester et corriger les dysfonctions faciales du genou afin de permettre une décompression de l’articulation et une meilleure vascularisation des tissus.

But des techniques articulaires : Corriger les dysfonctions articulaires du genou afin de limiter les gênes, douleurs et blocages, et de permettre une meilleure récupération de la fonctionnalité de l’articulation.

But des techniques intra-osseuses, membranaires et liquidiennes :

Limiter les douleurs intra-osseuses, remodeler l’os pour lui permettre d’ adapter à nouveau les contraintes extérieures, rendre sa mobilité physiologique à l’articulation et permettre une meilleure vascularisation de celle-ci.

Résultats, discussion :

Observons les résultats de l’étude de l’amplitude articulaire entre la 1ère et la 4ème séances.

Une flexion optimale est primordiale chez le sportif avant un retour à la compétition.

On constate un gain de 28,5° de flexion active et de 14,8° en passif hanche fléchie pour le groupe traité par rapport au groupe témoin. De même avec la hanche tendue on a un gain de 18,8° de flexion active et de 23° de flexion passive.

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Le groupe traité possède à la dernière séance une meilleure amplitude maximale  en flexion dans tous les mouvements sauf pour la flexion passive hanche fléchie.

Capture d’écran 2016-10-13 à 13.19.00

act=active pass=passive HF=hanche fléchie HT=hanche tendue

Concernant les extensions, les différences entre groupe traité et groupe témoin sont moindres. Les écarts de gain, et d’amplitude maximale sont en moyenne de 1° en faveur du groupe traité. Cela n’est pas négligeable contenu de la faible amplitude d’un genou en extension qui est entre 0° et 5°.

L’amplitude articulaire maximale en rotation externe (RE) et en rotation interne (RI) passive est plus importante pour le groupe traité que pour le groupe témoin. En RI active par contre la tendance s’inverse. Cela peut s’expliquer par le fait que pour le groupe traité la correction de dysfonction de RI a été la plus utilisée permettant un gain des autres rotations et donc de limiter la RI active.

Les résultats des mesures du Freestep  sont édifiants. Dans le groupe traité, on observe un meilleur centrage avec une rééquilibration latérale et antéro-postérieure, une longueur de la trace et une ellipse réduite, ainsi qu’une dépense énergétique pour assurer la proprioception qui diminue entre la première et la quatrième séance. Tandis que le groupe témoin montre des résultats plus hétérogènes: certains patients se sont rééquilibrés, tandis que d’autres ont aggravé leur posture.

Réponses du questionnaire suite à la 3ème séance :

  • 4 patients sur 6 ont repris le sport contre 1 patient sur 4 du groupe témoin.

  • 100% du groupe traité déclare sa cicatrice indolore ou très légèrement sensible contre 75% pour le groupe témoin.

  • 100% du groupe traité déclare pouvoir monter et descendre les escaliers normalement, contre 75% pour le groupe témoin.

  • L’intensité de la douleur de jour en activité est de 1,5/10 pour le groupe traité contre 3 pour le groupe témoin.

  • 100% des patients du groupe traité pensent que l’ostéopathie a été  bénéfique pour leur récupération, tandis que 50% des patients du groupe témoin ne se prononcent pas.

Les biais :

  • Etude expérimentale randomisée mais réalisée en simple aveugle. Pour l’ostéopathe il était impossible d’ignorer qui était traité et qui ne l’était pas.

  • Le nombre trop faible de patients.

  • Même si le groupe témoin avait un traitement factice, comme le démontre le Dr Guimberteau dans sa vidéo “promenades sous la peau”, le toucher de l’ostéopathe à un effet sur la matrice extra-cellulaire et donc un effet sur les tissus  du groupe témoin . Les résultats de ce groupe sont donc à relativiser.

  • Cette étude comporte donc des biais. Cependant certains résultats sont tellement probants que ces biais ne peuvent pas expliquer de telles différences.

Pour conclure : 

Certaines différences sont évaluées à presque 30° en faveur du groupe traité par rapport au groupe témoin, notamment dans les flexions, tant au niveau du gain qu’au niveau de l’amplitude articulaire maximale. De tels écarts doivent être pris en compte et les biais de l’étude ne peuvent à eux seuls les expliquer.

L’extension est considérée comme l’une des plus importantes fonctions à récupérer après un DIDT. Le groupe traité montre en moyenne une extension de 1° plus importante que le groupe témoin. Dans l’absolu c’est peu, mais concernant  l ’extension  (l’amplitude maximale est très faible), il s’agit d’une nette différence.

Les résultats de la plateforme Freestep démontrent eux aussi une meilleure confiance en leur genou pour les patients du groupe traité, avec une meilleure rééquilibration.

Il est donc probant que l’ostéopathie a permis aux patients traités un meilleur appui sur leur jambe opérée, une répartition des charges plus centrée et une meilleure proprioception, donc moins d’énergie pour se maintenir. Il serait intéressant de voir à long terme l’évolution des deux groupes de patients.

La prise en charge ostéopathique, au sein d’un protocole pluridisciplinaire (médecin,kiné, réathlétisation) permet donc au sportif un retour plus rapide à la compétition avec  un genou performant.

Etude réalisée par Laure-Line Germain (Ostéopathe D.O) avec le chirurgien Alain Mandrino et D.Come (Ostéopathe, podologue) comme maitre de mémoire.

Références :

« Intérêt de l’ostéopathie suite à une chirurgie du ligament croisé antéro-externe du genou » Mémoire de fin d’études pour le diplôme de compétences en ostéopathie ATMAN Présenté et soutenu par Laure-Line Germain Ostéopathe D.O 2014/2015

Image : http://ramsaygds.fr/nos-soins/rupture-du-ligament-crois%C3%A9-du-genou

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